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        <title><![CDATA[Réflexions]]></title>
        <link><![CDATA[https://www.heloisedewarens.com/blog]]></link>
        <description><![CDATA[]]></description>
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        <language>fr-fr</language>
        <pubDate>Thu, 10 Aug 2023 09:10:02 +0000</pubDate>

                    <item>
                <title><![CDATA[Il était une fois… Blanche-Neige]]></title>
                <link>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-miroir/il-tait-une-fois-blanche-neige</link>
                <description><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Pour ceux qui aimeraient se remettre en mémoire les grandes lignes du conte de Blanche-Neige, inspiration de la nouvelle intitulée </span><strong>Miroir</strong><span style="font-weight: 400;">, je vous propose ici un résumé de l’histoire - plus ou moins orthodoxe - et, dans la foulée, une interprétation possible… qui n’engage que moi, il va sans dire ! </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il était une fois, donc… une petite princesse particulièrement jolie (comme elles le sont toutes, dans leur essence éternelle) dont la mère mourut en couche. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le roi, son père, se remaria avec une femme préoccupée principalement par son apparence. Elle possédait un miroir magique qu’elle questionnait régulièrement pour s’assurer qu’elle était la plus belle femme du royaume. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Tout alla bien jusqu’au jour où le miroir déclara que Blanche-Neige, notre princesse devenue adolescente, était à présent mille fois plus belle que sa belle-mère. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette dernière n’y alla pas par quatre chemins : elle ordonna à l’un de ses sbires de tuer sa jeune belle-fille. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ne pouvant se résoudre à accomplir un tel acte, le bourreau se contenta d’abandonner Blanche-Neige au fond d’une forêt. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La jeune fill trouva refuge chez 7 nains, mineurs de leur état, qui acceptèrent de la cacher en échange d’un peu d’intendance. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais c’était sans compter avec le miroir qui révéla bien vite le pot aux roses, forçant la reine à s’occuper elle-même de son encombrante belle-fille. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La méchante femme dut s’y reprendre à trois fois, mais elle réussit finalement à faire avaler un morceau de pomme empoisonnée à la jeune fille.  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les nains éplorés déposèrent Blanche-Neige, trop belle et pas assez morte pour être enterrée, dans un cercueil de verre au milieu d’une clairière. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans les délais prévus par le genre, un prince arriva et ramena la princesse à la vie pour en faire sa reine. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">PS : La belle-mère fut punie comme il se doit, je crois.  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce n’est certainement pas la seule interprétation possible, mais on peut voir dans cette intrigue une description métaphorique de ce que vit l’enfant quand la gentille maman, aimante  et patiente (la vraie mère de notre princesse), est remplacée par la mère fatiguée, énervée ou en difficulté (la méchante belle-mère). </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La plupart du temps, l’enfant ne comprend pas les raisons profondes de cette transformation. Elle sait seulement que, brusquement, rien ne va plus. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour justifier ce qu’elle subit, elle se convainc qu’elle est responsable de la situation (Blanche-Neige n’avait pas à être aussi jolie) qu’elle gère en se cachant (au fond de la forêt) et en prenant un déguisement (servante chez les nains). </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce qui ne règle jamais vraiment le problème - dans la mesure où ce n’est pas le sien mais celui de la maman. Et, en effet, la belle-mère de notre conte ne se lasse pas de poursuivre sa belle-fille. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">In extremis, les nains sauvent Blanche-Neige d’un corset qui étouffe et, plus tard, d’un peigne qui empoisonne. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Puis vient la pomme, symbole fort s’il en est : par elle, Ève perd le paradis et accède à son humanité ; par elle encore, Blanche-Neige renonce à son fantasme d’enfant toute puissante dont le but dans la vie est de satisfaire ses parents. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Elle meure au paradis sans conscience et reste dans son cercueil de verre jusqu’à ce qu’elle soit prête à accueillir le principe actif (le prince-hip, on pourrait dire) qui lui permet de devenir adulte et autonome. Elle prend alors sa place, non plus princesse mais reine avec un roi et un royaume à elle. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En réalité, il s’agit du travail d’une vie et cette transformation ne fait que s’ébaucher quand la jeune fille entre dans la vie d’adulte. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Quand elle devient mère à son tour, elle revisite la relation qu’elle a eue avec sa propre mère, une occasion de comprendre et transformer celle qu’elle a - ou voudrait avoir - avec sa fille. Quand elle devient grand-mère, cette porte s’ouvre à nouveau. J’ai décrit dans un autre article mon expérience de ce processus et comment ce conte m’a aidée à y voir un peu plus claire… je crois.</span></p>]]></description>
                <author><![CDATA[warnerycatherine@gmail.com (Héloïse de Warens)]]></author>
                <guid>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-miroir/il-tait-une-fois-blanche-neige</guid>
                <pubDate>Thu, 10 Aug 2023 09:10:02 +0000</pubDate>
                <category><![CDATA[À propos de MIroir]]></category>
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                    <item>
                <title><![CDATA[Miroir, mon Beau Miroir]]></title>
                <link>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-miroir/miroir-mon-beau-miroir</link>
                <description><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Je ne décide pas du thème de mes contes, j’attends qu’il me fasse signe. Je me mets en mouvement quand frissonne mon stylo, cette baguette de sourcier qui cherche l’histoire plutôt que l’eau. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Car ce n’est jamais juste une histoire : une image se présente à mon esprit quand, plus ou moins consciemment, je cherche une réponse. Ma question invite le symbole dont j’ai besoin pour poser et résoudre mon problème.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais plantons le décor : </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mon ado de fille était devenue maman et j’avais du mal à ne pas considérer cette maternité précoce comme un choix hasardeux pour son avenir.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’autant plus que le couple n’avait pas duré et elle s’était rapidement retrouvée seule avec l’enfant.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Insidieusement, je me sentais coupable de ce choix et je me faisais un sang d’encre pour ma fille et ma petite fille, même si je voyais bien que cela m'empêchait de leur apporter une aide véritablement pertinente. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ajouter à cela, pour faire bonne mesure, que, malgré tous mes efforts pour l’aider, ma fille m’accusait d’être une mauvaise mère et même, une mauvaise grand-mère. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Or, l’injustice de cette accusation me mettait dans une rage telle que j’aurais parfois, comme la belle-mère de Blanche-Neige, appelé mon chasseur pour qu’il fasse disparaître l’ingrate au fond d’une forêt. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais il était hors de question que je me comporte comme la méchante belle-mère et, me trompant de cible, parte en guerre contre mon enfant. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est à ce moment-là que le miroir magique de Blanche-Neige fit irruption dans mon journal. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les miroirs font partie de notre ordinaire. Pourtant, ils restent des accessoires à part. Dans nos salles de bain, ils semblent refléter la réalité, mais ils ne sont pas dénués de magie : qui n’a pas fait l’expérience de se regarder dans la glace et d’y voir, un jour, une beauté éclatante, un laideron le lendemain et une parfaite inconnue quelques jours plus tard ? </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Quant aux miroirs des histoires, ils reflètent eux aussi, toutes sortes de réalités : ils servent aussi bien à voir le passé que l’avenir, le proche que le lointain, le dedans que le dehors ; ils dévoilent nos désirs les plus chers ou nos peurs les plus secrètes. Il y en a même un - celui d’Alice - qui permet de passer d’une dimension à une autre. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le miroir est, surtout, une métaphore de notre faculté à considérer la structure complexe de notre identité, une capacité intimement humaine et aussi très récente. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Car il réfléchit notre image en la séparant de l’ombre, de l’arrière-plan. De la même façon, notre conscience réfléchit à ce que nous sommes en triant, en organisant nos sensations, nos expériences, nos croyances pour créer un tout cohérent. Elle tente de dégager du sens à partir de tout notre vécu, y compris ces programmes « téléchargés » dans notre cerveau d’enfant avant que nous ayons pu en vérifier l’efficacité ou l’intérêt. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le miroir, tout comme la conscience, est l’endroit où l’on voit ce que l’on veut voir, ce que l’on peut voir et (au bout d’un long chemin et avec un peu de chance) ce qu’il y a à voir. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le miroir du conte avait cette capacité à dire la vérité et il ne s’était pas invité dans mes réflexions par hasard.  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je décidai d’y regarder de plus près. Postée à côté de ma reine, je la vis donner à mon tourment de l’espace et un déguisement qui me le rendait plus supportable. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je réalisai à quel point je revivais à la fois ma propre maternité très conflictuelle avec ma mère et mon enfance. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je retrouvais, sous ma rage et ma révolte, ce sentiment d’abandon et d’impuissance de l’enfant que j’avais été, incapable de plaire à ses parents, de les satisfaire, de donner un sens à leur vie. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cela contribua à calmer ma colère face à ce que j’avais pris pour de l’ingratitude de la part de ma fille et voyait maintenant comme un désir d’autonomie. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Et je réalisais qu’il me fallait cesser de croire qu’une bonne partie des choix que j’avais regrettés étaient, de près ou de loin, la faute de ma propre mère.  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je crus que cela suffirait à régler notre problème et j’écrivis la première partie du conte.  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Hélas, je voyais ma fille se débattre contre l’image qu’elle avait de moi, l’empêchant de devenir mère à part entière. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Un nouveau dialogue s’engagea dans mon journal, entre la page blanche (un miroir qui ne mâche pas ses mots) et moi (une reine qui n’a pas les idées très claires).  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Extrait : </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Page Blanche/Miroir : </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">- Majesté, vous ne pouvez pas trafiquer un conte de cette façon, c’est dangereux ! Êtes-vous sûre de savoir ce dont Blanche-Neige a vraiment besoin? </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Regardez la Belle au Bois Dormant : son père détruisit tous les rouets du royaume. Cela changea-t-il le destin de sa fille? Au bout du compte, il fallait qu’elle se pique et elle s’est piquée! </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Moi/Reine : </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">- Mais à quoi m’ont servi toutes ces années de travail sur moi-même? Je l’ai fait pour elle aussi, pour qu’elle ne souffre pas comme j’ai souffert, pour qu’elle n’ait pas à faire la servante chez ces nains, pour qu’elle ne meurt pas avant d’avoir vécu ! </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Miroir : </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">- Je comprends votre frustration, Majesté, mais ne mélangeons pas tout : ce que vous avez fait, vous l’avez fait pour vous. Et n’essayez pas de changer le sujet : il s’agit de votre fille et de SA destinée. Or, réfléchissons un peu. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si la princesse était restée sagement à broder dans le boudoir de son château, le prince n’aurait sans doute jamais entendu parler d’elle. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Car, que se passe-t-il quand l’enfant ne peut pas quitter ses parents ? Quand il est piégé par l’aide qu’ils lui apportent ? Il croit ne pas pouvoir s’en passer, mais comment être reconnaissant de ce qui lui barre la voie de l’autonomie, de l’indépendance ? Que va-t-il advenir de Blanche-Neige si vous lui retirez sa terrible épreuve ? Ne risque-t-elle pas de rester dans un no-man’s land de sable ou de neige dans lequel elle ne pourrait rien construire ? On a besoin de pierre, de ciment, de bois pour se faire une maison. On a besoin d’eau, d’air et de soleil pour que cela durcisse et sèche… Je vous en prie, Majesté, acceptez et essayez de comprendre ce qu’elle vit et exercez-vous à la confiance, en vous, en elle, en la Vie…</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je me remis donc au travail puisque le conte n’était pas terminé, et je suivis ma reine, partie à la recherche de sa propre destinée.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Elle me permettait d’avancer doucement dans le long processus de réconciliation avec la mère que j’avais eue, celle que j’avais été et celle que j’étais; avec mes filles, aussi, la grande, la petite et celle de mon passé. </span></p>]]></description>
                <author><![CDATA[warnerycatherine@gmail.com (Héloïse de Warens)]]></author>
                <guid>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-miroir/miroir-mon-beau-miroir</guid>
                <pubDate>Thu, 10 Aug 2023 09:07:17 +0000</pubDate>
                <category><![CDATA[À propos de MIroir]]></category>
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                    <item>
                <title><![CDATA[Qui Dort…]]></title>
                <link>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-le-fuseau/qui-dort</link>
                <description><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Ayant trouvé l’inspiration de ce récit dans celui de </span><strong><em>La Belle au Bois Dormant</em></strong><span style="font-weight: 400;">, je trouve utile de revenir un instant sur le conte d’origine. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Avertissement: la version présentée ici mélange sans doute et sans complexe l’histoire des Frères Grimm, celle de Charles Perrault, celle de Walt Disney et un certain nombre d’autres variantes glanées au fil de mes lectures, le tout revu et corrigé à la lumière de mon expérience de mère et de grand-mère. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La voici:</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En oubliant de l’inviter au baptême de sa fille, un roi bien étourdi attire sur l’enfant les foudres d’une fée (ou d’une sorcière, c’est selon) qui jette un sort à la princesse: arrivée à l’âge adulte, la jeune fille se blessera à mort avec un fuseau. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Heureusement et in extremis, une jeune fée (pas tout à fait à la hauteur, mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a) parvient à transformer cette mort tragique en un long sommeil.  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pensant protéger sa fille, le roi interdit que l’on file dans le royaume et fait détruire quenouilles et fuseaux. Mais le stratagème échoue, la princesse se blesse et s’endort.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cent ans plus tard, un prince, charmant sans doute, mais surtout très curieux, finit par découvrir la princesse au milieu de son nid de ronces infranchissables (sauf pour lui) et il la réveille d’un baiser. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La vie reprend comme si de rien n’était, apparemment, et le conte s'achève sur l’inévitable : ils vécurent heureux et eurent…</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Au fil du temps, des rencontres et des besoins, mon interprétation du conte a évolué. Quand j’écrivais l’histoire </span><strong><em>Le Fuseau</em></strong><span style="font-weight: 400;">, voilà comment je voyais la chose:</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Plutôt que la grande méchante, j’envisageais la sorcière comme mentor, avec pour mission d’initier la princesse au monde adulte et de la guider vers la maturité. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce père, qui « oublie » de l’inviter dans la vie de sa fille, préférerait sans doute que cette dernière ne grandisse pas, ce qui lui permettrait de la garder pour lui, enfant, aimante et dépendante. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il ne comprend pas qu’en l’empêchant d’apprendre à manier le fuseau, il refuse à l’enfant qu’il prétend aimer le droit de vivre sa vie de femme. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais ajoutons, à la décharge de ce roi, que, si nous allions fouiner dans sa biographie, nous trouverions sans doute les raisons de cette attitude: comme l’ont fait ses parents et le reste de sa lignée avant lui, il fait ce qu’il peut avec ce qu’il a! </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En tout état de cause, il ne s’agit pas de regretter ce qui aurait pu être, mais de faire au mieux avec ce qui est. C'est-à-dire, dans ce cas précis, un père pesant et peu clairvoyant. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Or, si notre princesse ne peut s’affranchir de cette lourde tutelle, c’est une mort réelle qui la guette, la mort de ce germe d’existence qu’elle seule, émancipée de toutes influences extérieures, peut et veut faire s’épanouir dans le monde. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La sorcière a raison d’être en colère contre ce père “fillophage”, contre cette tentative d’infanticide et elle a raison de venir annoncer cette mort. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Sans sa venue, cela risquait de passer inaperçu. Or, un homme averti en vaut deux et, dans ce cas, un malheur pressenti, un danger identifié, un avertissement pris au sérieux permettra d’éviter le pire… juste le pire, ce qui est souvent le mieux que l’on puisse faire. La sentence est allégée, un peu, la vie et l’espoir préservés, au ralenti… car cent ans, c’est quand même long.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais s’endormir enfant et se réveiller femme, adulte, reine? Même au bout de cent ans? </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’accord, le sommeil n’est pas cet espace vide, ce ‘rien’ nocturne qui fait pendant au ‘tout’ du jour et de l’éveil. Mais quand même, je trouvais que l’histoire passait un peu vite sur une telle transformation. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans les mystères antiques, l’initiation est décrite symboliquement comme une mort suivie d’une renaissance, mort qui prenait en réalité la forme d’un sommeil induit, d’une période de transe ou de réclusion… ce qui ressemble étrangement à ce que vivent un grand nombre de nos princesses de contes de fées qui se retrouvent régulièrement enfermées au fond d’une caverne, d’un puits ou d’une cabane au milieu des bois, avec ou sans une demi-douzaine de nains ou de brigands qu’elles se voient obligées de servir. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans le cas de </span><strong><em>La Belle au Bois Dormant</em></strong><span style="font-weight: 400;">, voilà qui donnait un sens à ce sommeil intempestif et démesuré qui m’avait chagrinée toute mon enfance. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">On dit qu’on écrit les livres que l’on voudrait lire. J’ai écrit l’histoire que je voulais qu’on me raconte, j’ai imaginé ce qui se passait pendant qu’on nous faisait croire que la Belle au Bois Dormant … dormait. </span></p>]]></description>
                <author><![CDATA[warnerycatherine@gmail.com (Héloïse de Warens)]]></author>
                <guid>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-le-fuseau/qui-dort</guid>
                <pubDate>Thu, 10 Aug 2023 08:02:58 +0000</pubDate>
                <category><![CDATA[À propos de Le Fuseau]]></category>
                                    <enclosure url="https://static.ucraft.net/fs/ucraft/userFiles/heloisedewarens/images/a-17-fuseau-titre-16914137108152.png" length="814099" type="image/png" />
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                    <item>
                <title><![CDATA[File la laine, file le temps]]></title>
                <link>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-le-fuseau/écrire-copy-3</link>
                <description><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Quand je me mis à écrire </span><strong><em>Le Fuseau</em></strong><em><span style="font-weight: 400;">, </span></em><span style="font-weight: 400;">ma petite-fille avait découvert la </span><strong><em>Belle au Bois Dormant</em></strong><span style="font-weight: 400;">, et elle était aussi solidement arrimée à l’histoire que l’héroïne du conte était enchâssée dans son nid de ronces. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Son soudain attrait pour ce conte était difficile à cerner. En revanche, elle avait à son propos une question bien précise : pourquoi Aurore dormait-elle aussi longtemps (la malédiction de la sorcière n’étant apparemment pas une raison suffisante) ?</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je lui proposais d’abord la réponse que j’avais reçue enfant (c’est comme ça, c’est juste une histoire), avant d’essayer de la distraire en lui proposant de faire des cookies. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais le mystère de cette longue sieste continuait de la chagriner et avait réveillé en moi le souvenir d’interrogations similaires (au même âge, sans doute) restées sans réactions de la part de mon entourage.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il me fallait trouver une réponse à cette grave question.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;"> </span><span style="font-weight: 400;">Quelques indices, glanés au fil de mes lectures, proposaient la piste d’une initiation (voir </span><strong><em>Qui Dort…)</em></strong><span style="font-weight: 400;">, mais comment expliquer à une petite fille ce concept qui n’était pas si clair dans mon propre esprit ?</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Et si je pouvais raconter plutôt qu’expliquer ce long sommeil à l’enfant ? L’idée d’écrire une histoire venait de germer ; dans mon esprit et dans mon journal, la question et les réflexions que le projet suscitait entamaient leur étrange et mystérieuse danse.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les contes ne donnent pas de recette, ils offrent des images qui, si on leur en laisse le loisir, travaillent en profondeur. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Celui de </span><strong><em>La Belle au Bois Dormant</em></strong><span style="font-weight: 400;"> me proposait le fuseau, un objet totalement étranger à notre vie moderne et à propos duquel je n’avais que des notions très abstraites.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">J’avais, moi, un outil qui n’existe pas dans les contes (sous cette forme, j’entends), internet, où je trouvai sans difficulté les informations dont j’avais besoin pour parfaire mon éducation. Manier un fuseau demande évidemment une dextérité qui ne peut s’acquérir qu’avec la pratique, mais, en théorie, je devins rapidement une experte. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Et je dus me rendre à l’évidence : il est fort difficile de se blesser avec un fuseau ! </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette petite question pratique me poussa à explorer l’objet du délit, me permettant, petit à petit, d’en comprendre le sens profond et la pertinence. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le fuseau est un outil très ancien, utilisé déjà il y a cinq ou six mille ans pour faire du fil à partir de fibres, végétales au début de l’histoire de l’humanité (chanvre, lin, coton), puis animales un peu plus tard (moutons, chèvres, chameaux ou lamas). Ce matériau de base est ensuite tissé ou tricoté et devient tapis, tentures, couvertures ou vêtements, autrement dit protection ou parure, au cours d’un travail dont on peut dire qu’il est éminemment féminin.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le fuseau m’apparaissait donc être un symbole féminin (plutôt que phallique, désolé, M. Freud et Cie), d’autant plus qu’il fut un temps où un homme surpris en train de filer y perdait son honneur ! </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’ailleurs, dans les contes que je connais, un seul homme manie le fuseau. Rumpelstiltskin, connu aussi sous le nom de Nain Tricassin, file de la paille en or pour tirer une jolie meunière du mauvais pas où, comme par hasard, elle a été mise par son père. Mais cela est une autre histoire (voir </span><strong><em>Le Nom</em></strong><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Manier un fuseau avec dextérité, me disais-je, peut être une métaphore pour une vie de femme indépendante, sûre d’elle et de sa place, qu’elle occupe sans empiéter sur celle des autres et sans se laisser envahir. Ou d’homme, d’ailleurs, car, quand Gandhi se mit à filer, le fuseau devint un symbole d’autonomie et de résistance à l’oppresseur étranger.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Apprendre à manier cet outil illustre alors la transformation de l’enfant en adulte : Aurore, notre héroïne, se croyant déjà femme, essaye de filer et commence par se blesser. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si l’on voit le sang de cette écorchure comme une allusion aux premières règles, on peut concevoir que cette blessure mystérieuse (qui annonce à la jeune fille qu’elle devient féconde) est une invitation à la difficile métamorphose de l’enfant en femme adulte, autonome et créative, qui est sa destinée, mais qui ne s’accomplira pas sans qu’elle la choisisse.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Et il m’apparaissait que la transformation de la toison brute du mouton en un précieux vêtement illustrait à merveille les étapes de cette maturation. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">On commence avec ce que nous fournit la nature, notre environnement, les expériences de notre enfance et notre éducation (le mouton et sa laine). </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il faut ensuite devenir conscient de notre fonctionnement, trier nos croyances, définir nos valeurs, établir nos priorités (travailler cette matière, la débarrasser de ses impuretés et en aligner les fibres). </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Finalement, il faut mettre tout cela à profit et à l’épreuve pour tisser une vie riche et satisfaisante (prendre cette substance à peine consistante, la tordre pour en faire un fil long et résistant, puis le tisser, le tricoter, le coudre). </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Et cela prend du temps, beaucoup de temps. En réalité, ce qui, dans notre conte, est emballé en deux phrases et une longue sieste est l’apprentissage d’une vie. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Oui, il y faut largement cent ans et sans doute bien plus ! Surtout si l’on considère que l’ouvrage n’est jamais terminé : on n’en finit pas d’apprendre, d’expérimenter, de choisir, de bouger. Il y a toujours un autre mouton à tondre, sa laine à filer, un ouvrage à remettre sur le métier, pour réparer, modifier, affiner, décorer…</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour moi, je commençais à voir la trame, si j’ose dire, d’une histoire qui eut pour titre </span><strong><em>Le Fuseau,</em></strong><span style="font-weight: 400;"> et qui montrait à ma petite fille que pour devenir grande (ou se réveiller reine), ça prend du temps. </span></p>]]></description>
                <author><![CDATA[warnerycatherine@gmail.com (Héloïse de Warens)]]></author>
                <guid>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-le-fuseau/écrire-copy-3</guid>
                <pubDate>Thu, 10 Aug 2023 07:47:05 +0000</pubDate>
                <category><![CDATA[À propos de Le Fuseau]]></category>
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                    <item>
                <title><![CDATA[Histoires qui vous trouvent]]></title>
                <link>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-bonewoman/écrire-copy-2</link>
                <description><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">— Il faut que je retrouve ce livre, il est forcément quelque part, me disais-je en fouillant dans la bibliothèque du salon, sur les étagères de la chambre, dans les piles de livres qui entourent ma table de nuit. Je suis sûre de l’avoir gardé, je le traîne depuis 30 ans, cinq déménagements et deux continents !</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce qui faisait partie du problème car, </span><em><span style="font-weight: 400;">Les Femmes qui Courent avec les Loups,</span></em><span style="font-weight: 400;"> de Clarissa Pinolé-Estée, sorti aux États-Unis une quarantaine d’années plus tôt, m’avait passionnée, émerveillée, inspirée à de nombreux niveaux. Je l’avais déjà</span><span style="font-weight: 400;"> </span><span style="font-weight: 400;">lu maintes fois, rangé, perdu et retrouvé, relu et re-rangé, re-retrouvé…  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">J’ai fini par mettre la main dessus et m’y suis replongée avec délice. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il y a dans le premier chapitre, l’histoire de </span><em><span style="font-weight: 400;">La Loba</span></em><span style="font-weight: 400;">, la Femme Loup, connue aussi sous le nom de </span><em><span style="font-weight: 400;">Celle qui Sait</span></em><span style="font-weight: 400;">, ou de </span><em><span style="font-weight: 400;">Bonewoman</span></em><span style="font-weight: 400;"> (pour traduire ce nom en français, il faudrait articuler de façon élégante les mots </span><em><span style="font-weight: 400;">femme</span></em><span style="font-weight: 400;"> et </span><em><span style="font-weight: 400;">ossements</span></em><span style="font-weight: 400;">, ce que je n’ai pas réussi à faire). </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette histoire sans intrigue ni suspense y était résumée en une demi-page et suivie d’un bref commentaire. C’était, si j’ose dire, juste un squelette d’histoire qui se mit à me hanter. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Elle me collait à la conscience comme la misère au pauvre monde (aurait dit mon grand-père) ; elle restait immobile, à la périphérie de mon champ de vision, et me revenait à l’esprit dès que je lâchais une activité. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Elle a finalement débarqué pendant une méditation, à un moment où elle savait que je ferais</span><span style="font-weight: 400;"> </span><span style="font-weight: 400;">attention. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le personnage principal, une très vieille femme, était assise, seule près de son feu au milieu du désert, avec sa récolte d’ossements éparpillée autour d’elle. Et plus je la contemplais, plus je sentais monter en moi une profonde et incompréhensible tristesse. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Me revinrent à l’esprit le désespoir et la panique d’un ami en difficulté que j’avais rencontré la veille, ainsi que mes propres sentiments pendant que je l’écoutais : mon impuissance à l’aider, mon découragement face à la situation. Je ne savais plus quoi faire, j’avais épuisé toutes mes cartouches, j’en étais venue à douter que les choses puissent jamais s’arranger durablement. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Et cette image de la vieille femme semblait tout à coup évoquer et exprimer tous ces sentiments, rendant ma détresse tangible, palpable, me montrant aussi son immensité, sa profondeur, les temps anciens desquels elle semblait provenir. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Au fur et à mesure que me traversaient ces vagues d’émotion, une question prenait forme dans l’espace entre elle et moi, ou plutôt une armée de questions : où trouve-t-on les mots, les actes qui peuvent ramener de la vie là où on ne voit plus que du désespoir ? Comment reconnaît-on le chant qui peut libérer l’énergie, raviver la flamme, réveiller le désir de vivre, de se battre pour ce que l’on est, pour ce que l’on veut ? </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Comment rallumer l’espoir quand le désespoir a tout envahi ? Comment renverser la vapeur pour qu’au lieu de se noyer dans le passé, on avance vers l’avenir ? Comment redonner l’élan vers l’avant, la force de faire encore un pas sur le chemin quand on a seulement le désir de s’écrouler, de disparaître, de se dissoudre dans l’air pour que cesse la souffrance ? </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Quand est-on sûr d’éclairer, d’indiquer la bonne direction, de relever ce qui doit reprendre la route, de laisser ce qui doit être abandonné parce que cela pèse trop lourd, parce que c’est une illusion, une erreur ou un mensonge ?</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je suis restée avec mes questions, bien longtemps après que l’angoisse se soit calmée car je sais que l’ignorance et la souffrance font partie des étapes vers la connaissance. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La vieille femme m’a soufflé qu’il faut traverser ce désert-là et abandonner tout ce que l’on sait déjà si on veut du nouveau; qu’il suffit de faire confiance à l’instant, à l’intuition qui arrive au moment juste et pas avant, aux réponses, lumineuses, qui prennent forme pour qui reste à l’écoute. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce que j’ai senti, à ce moment-là, c’est que</span><span style="font-weight: 400;"> l’histoire elle-même s’emparait de moi, me poussant à reprendre sa trame et à la réécrire, à la revisiter, encore et encore dans ces pages sans structure ni reliure avec lesquelles je commence mes journées. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je craignais que l’exercice ne se révèle à la fois futile et ennuyeux et je fus surprise par ce qui arriva : jour après jour, sans relire ce que j’avais écrit la veille pour rester au plus près de ce jaillissement spontané, je plongeais dans l’histoire, parfois au début, souvent au milieu, comme appelée par un passage particulier. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">J’étais happée, j’avais l’impression d’écrire sous dictée et bien que ce fût toujours la même histoire, c’était chaque jour différent. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">J’ai revisité ainsi, encore et encore, chaque épisode ; et chaque fois, Bonewoman me révélait un nouvel aspect, un nouveau détail, qui entrait en résonance avec des éléments et des sentiments de mon quotidien. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Au bout de 15 jours, je savais que j’avais déjà largué les amarres, que j’étais embarquée dans une traversée au bout de laquelle il me faudrait arriver. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Puis cet élan s’est épuisé, la source s’est tarie. Il fallait maintenant revoir et organiser, récrire et réviser, couper, transformer les dizaines de pages manuscrites étalées sur mon bureau. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il semble que, dans les contes traditionnels, cette tâche est de l’ordre des traversées de labyrinthe, des descentes en enfer : il s’agit d’approfondir, de trier les nouvelles informations, de cultiver des talents, de développer des capacités, et surtout, de ne pas se décourager, de persévérer jusqu’à l’accomplissement de la tâche.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Plusieurs fois, au cours de ce processus, je repensais à Cézanne et à la montagne Sainte Victoire près d’Aix-en-Provence, dont il peignit pas moins de 80 tableaux. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce n’était pas pour lui un simple exercice. Il était habité par la beauté immense de ce lieu qu’il décrit ainsi à son ami Gasquet : </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">‘Regardez cette Sainte-Victoire. Quel élan, quelle soif impérieuse de soleil et quelle mélancolie, le soir, quand toute cette pesanteur retombe !... Ces blocs étaient de feu. Il y a du feu encore en eux. L'ombre, le jour, a l'air de reculer en frissonnant, d'avoir peur d'eux [...] ; quand de grands nuages passent, l'ombre qui en tombe frémit sur les rochers, comme brûlée, bue tout de suite par une bouche de feu". </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En la peignant sous toutes les coutures, par tous les temps, pendant près de 30 ans, Cézanne cherchait à exprimer ce qui se cachait derrière les apparences, aussi enchantées soient-elles déjà. Il disait vouloir découvrir l’âme, l’essence, la vérité profonde de ce site. Pourtant, ce qu’il décrivait dans sa lettre sont des états d’âmes, des sentiments qu’il prêtait à la montagne parce qu’elle les évoquait en lui quand il la contemplait.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il me semble que c’est son âme à lui qu’il sonda ainsi année après année, tableau après tableau. Il devait sentir que cette montagne pouvait, avec beaucoup de patience, lui en révéler des pans entiers. Et en peignant, il tentait d’exprimer, de communiquer ces états d’âmes toujours plus profonds qui le transportaient et qu’il voulait offrir au monde à travers sa peinture. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Vers la fin de sa vie, il nous donne une clef, dans une lettre à son ami le peintre Émile Bertrand :</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">"Le temps et la réflexion modifient peu à peu la vision, et enfin la compréhension nous vient’’. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">De quoi pouvait-il s’agir sinon de la compréhension de l’Être qu’il cherchait à percer à travers son observation de la nature et que je traque dans les contes que je lis et que j’écris ? </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les histoires, qu’elles soient sacrées, mythologiques ou traditionnelles, ont ce pouvoir d’éclairer et de guider, d’inspirer et d’aiguillonner. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si on se les répète inlassablement, si on les contemple et les médite, si on les ressasse au plus noir de la nuit, elles révèlent sans se lasser leur sagesse et leurs intuitions, elles emmènent au plus profond des arcanes de la psyché, jusqu’à la source de Vie. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi sont-ils malins, les petits enfants qui réclament la même histoire, jour après jour. Ils savent qu’il y a une clef, un trésor qui s’y cache quelque part. Il y a une réponse dont ils ont besoin même s’ils ne formulent pas la question, une vérité profonde dont ils ne font que pressentir l’importance. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Plus tard, ils se souviendront peut-être...</span></p>]]></description>
                <author><![CDATA[warnerycatherine@gmail.com (Héloïse de Warens)]]></author>
                <guid>https://www.heloisedewarens.com/blog/à-propos-de-bonewoman/écrire-copy-2</guid>
                <pubDate>Mon, 07 Aug 2023 14:39:43 +0000</pubDate>
                <category><![CDATA[À propos de BoneWoman]]></category>
                                    <enclosure url="https://static.ucraft.net/fs/ucraft/userFiles/heloisedewarens/images/a-15-arbre5-jpg-16896103794904.jpg" length="648993" type="image/jpeg" />
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                    <item>
                <title><![CDATA[Écrire des contes?]]></title>
                <link>https://www.heloisedewarens.com/blog/copy-of-reveries/écrire-copy</link>
                <description><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">      Vers trois ou quatre ans, ma fille adorait les histoires sous toutes leurs formes, audio, vidéo, et, le top, une maman qui les lui racontait. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">     J’avais grandi, moi aussi, avec les contes </span>traditionnels et je me réjouissais de cette passion, car, sans que la raison m’en apparaisse clairement, je sentais que ces histoires lui étaient utiles. Mais, à 35 ans révolus, j’étais passée à autre chose et mon intérêt pour les contes était mince. Or on connaît la ténacité avec laquelle, jour après jour, une môme de cet âge vous demande de regarder avec elle, de lui lire ou de lui raconter <span style="color: var(--p-color); font-family: var(--p-font-family); font-size: var(--p-font-size); letter-spacing: var(--p-letter-spacing);"> le même conte. Je voulais la satisfaire, mais j’ai cru que j’allais mourir d’ennui. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">     J’ai été sauvée in extremis par un livre, </span><em><span style="font-weight: 400;">Les Femmes qui Courent avec les Loups,</span></em><span style="font-weight: 400;"> qui a transformé mon regard sur ces récits. </span><span style="font-weight: 400;">J’y découvrais que les contes ne sont pas des histoires fantastiques sans rapport avec la vie de tous les jours et dont le seul but est d’amuser les enfants. Ce sont, plutôt, des métaphores psychologiques, des cartes routières de nos processus psychiques et émotionnels dont chaque élément, animé ou inanimé, représente une voix, un aspect, une énergie en nous qui peut être entendu, observé, identifié. Idée nouvelle à l’époque, dans l’air du temps aujourd’hui. </span><span style="font-weight: 400;">J’étais intriguée et très intéressée, car je réalisais que les contes de fées me parlaient finalement de ce qui me tenait le plus à cœur. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">     Tout en faisant la lecture à ma fille, je me posais des questions : quand avais-je éprouvé ce sentiment? N’avais-je jamais désiré cela ? À quoi me renvoyait ce personnage, cette situation, cette relation ? Et avec mes réponses, les symboles des contes prenaient une autre dimension. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">     Je constatais que les errances, les conflits et<span style="font-weight: 400;"> les détours </span>des héros validaient des intuitions et proposaient des encouragements ou des avertissements précieux et pertinents pour négocier ma vie quotidienne. Me revenaient à l’esprit les occasions où, convaincue qu’il était ma grand-mère, j’étais allée me fourrer dans la gueule du loup, confiante, avec mon béret rouge et ma galette sous le bras ; les moments où je me métamorphosais en vilaine sorcière ou en méchante belle-mère avec ma propre fille ; les tours que me jouait le miroir de la salle de bain quand je m’y regardais le matin ; cette impression de voler en plein ciel comme Peter Pan lorsque l’inspiration me saisissait et que des images, des mots m’envahissaient. </span></p>
<p>     Je repensais aussi à ses instants de douleur lancinante quand il me fallait abandonner un projet ou un rêve cher à mon cœur. Ces moments étaient des expériences de mort dans tous les sens sauf physique du terme, et je les retrouvais symbolisés dans les nombreuses morts plus ou moins violentes qui se produisent dans les contes. Ces moments étaient parfois suivis d’un sentiment de paix qui apparaissait à l’instant où j’acceptais l’inévitable et qui me prenait par surprise, mais faisaient écho à ces renaissances variées et autres résurrections qui permettaient au héros et à ses aides de reprendre leur quête. Ma propre perspective s’était transformée, j’étais la même et pourtant autre, calme et confiante.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>     Il arrivait aussi qu’une intuition à propos d'une expérience ou d'une situation concrète de mon quotidien se présente soudain sous la forme d’une image qui venait d’un conte. Et pour l’explorer, la creuser, lui donner forme et vie, j’inventais une histoire qui utilisait tout naturellement l’espace, le temps et les éléments du conte : cet autrefois et cet ailleurs présent à notre imaginaire collectif qui permet de plonger dans un récit sans avoir à décrire et à justifier ni les personnages, ni leur environnement, ni les lois naturelles qui régissent leur monde : ce qui est impossible ici et maintenant ne l’est pas là-bas et en ce temps-là et chacun sait ce qu’est une princesse ou un prince, un dragon, une fée ou un chevalier.</p>
<p>     Le conte de fées classique, avec son arsenal de châteaux forts et de forêts plus ou moins ensorcelées, de princesses aux familles présentant des dysfonctionnements lourds, de princes charmants aux projets de vie peu réalistes, de fées aux pouvoirs mal contrôlés et autres créatures aux névroses variées se prêtait à merveille à l’exploration que je poursuivais dans mon journal, ces tentatives d’organiser et de contrôler la masse confuse d’impulsions, de désirs et d’émotions qui ordonne nos vies. </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">     C’est en essayant de m’orienter dans ce chaos-là que souvent, les idées se transforment en histoires. </span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">                        </span><a class="btn buttons1559806662435" contenteditable="false" href="/blog/copy-of-reveries/crire-1/" target="">Écrire... Lire l'article </a></p>]]></description>
                <author><![CDATA[mademoiselle.mph@gmail.com (Marie-Pascale Hardy)]]></author>
                <guid>https://www.heloisedewarens.com/blog/copy-of-reveries/écrire-copy</guid>
                <pubDate>Mon, 07 Aug 2023 14:15:11 +0000</pubDate>
                <category><![CDATA[Rêveries]]></category>
                                    <enclosure url="https://static.ucraft.net/fs/ucraft/userFiles/heloisedewarens/images/a-12-mg2310jpg-16914178628264.jpg" length="1437841" type="image/jpeg" />
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                    <item>
                <title><![CDATA[Écrire]]></title>
                <link>https://www.heloisedewarens.com/blog/copy-of-reveries/crire-1</link>
                <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;"><strong>J’ai commencé par écrire pour moi.</strong> J’ai commencé si jeune et tellement pour moi seule que j’écrivais en code dans un journal à fermoir dont je ne me séparais jamais! </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Une fois lancée dans ce premier journal, je ne me suis jamais arrêtée. J’ai écrit dans une langue, puis dans une autre, sur des cahiers, dans des carnets avec ou sans lignes. J’ai essayé toutes les formes, exploré tous les dispositifs, fait tous les exercices. C’était souvent avec grand plaisir et la plupart du temps, pour comprendre, pour creuser, pour exorciser la souffrance, la confusion, le désespoir. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ces pages d’écriture sans structure, sans intérêt même pour moi quand je tente de les relire, sont ma façon de me pencher sans m’y noyer sur cet océan qu’est la vie et qui, souvent, menace de m’engloutir. Elles sont le radeau sur lequel je fais le voyage du désespoir à l’espoir, de la confusion à la clarté, de la peur à la confiance, vers cette image de paix et d’espoir qui n’a jamais cessé d’éclairer mon horizon. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Une chance que je sois tombée dedans si jeune, car comme dit Lionel Duroy: Heureux qui peut écrire et dévorer ce qui le dévore.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Mais continuons: adolescente, puis jeune femme et maman, j’ai aussi commencé à écrire des histoires. Tout à coup, j’étais happée par une image, une intuition qui émergeait au détour d’une phrase écrite dans mon journal ou lue dans un livre. Elle m’appelait, me demandait, que dis-je, me commandait de l’explorer. Elle se transformait vite en début d’intrigue et je me lançais dans l’aventure avec une immense énergie et beaucoup de passion. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Hélas, petit à petit, j’étais rattrapée par mes démons et j’avais de plus en plus de mal à poursuivre ce qui se transformait en corvée. Finalement, le doute et le manque de confiance en moi me forçaient à abandonner une tâche qui me semblait désormais dénuée d’intérêt et totalement au-dessus de mes forces. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Mais on n’échappe pas si facilement à son destin. Ces images, ces intuitions, ces histoires à écrire n’ont jamais cessé de me hanter. Blotties au creux de mon âme, elles sont restées à l’affût, guettant la faille par où elles pourraient à nouveau s’engouffrer dans mon quotidien. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Elles ont attendu que les enjeux se modifient, que les priorités s’éclaircissent, que la maturité et le travail portent leurs fruits. Et le moment venu, elles ont resurgi, les unes après les autres pour prendre leur place dans ma vie, là où je créais pour elles un peu d’espace et de temps. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Maintenant, elles s’installent, elles me poussent, elles me trainent si nécessaire, vers ce travail de création qui m’émerveille et me terrorise à la fois. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Elles murmurent aussi qu’à mon âge, on n’a pas de temps à perdre si on veut laisser une petite contribution au monde qui vous a donné une vie et les moyens d’en profiter. </span></p>
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<p style="text-align: center;"><br><a class="btn buttons1690986094856" contenteditable="false" href="/blog/copy-of-reveries/%C3%A9crire-copy" target="">Écrire des Contes ? Lire l'article</a><br><br><br></p>
</blockquote>]]></description>
                <author><![CDATA[warnerycatherine@gmail.com (Héloïse de Warens)]]></author>
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                <pubDate>Sun, 16 Jul 2023 15:42:38 +0000</pubDate>
                <category><![CDATA[Rêveries]]></category>
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